Plus d’histoire? Bien sûr!
Un billet de Martin Bisaillon
Le Ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie Pierre Duchesne a proposé récemment d’augmenter le nombre de cours d’histoire obligatoires dans les Cégeps. Ce n’est pas encore fait car les modalités d’un tel changement, s’il survient, restent à déterminer. Quelle belle idée!
Néanmoins et peut-être même sans le savoir le ministre s’attaque de front à l’inculture au Québec. Cette inculture prend plusieurs formes. Par exemple, ses opposants politiques craignent que l’Histoire ne devienne de la propagande. Quelques animateurs des radios poubelles ont émis les mêmes appréhensions avec tous les superlatifs loufoques dont ils sont capables. Comme dans plusieurs dossiers, ces gens-là se méfient des connaissances.
Pierre-Yves McSween, une professeur des HEC qui collabore régulièrement au journal La Presse, propose plutôt d’augmenter les cours de finances personnelles pour mieux outiller les futurs citoyens à ne pas se faire arnaquer par des financiers, à faire correctement leurs impôts et payer leur factures les fins de mois. Il y va, lui aussi, d’un coup en bas de la ceinture assorti d’une pensée sortie d’un fortune cookie :
« Est-ce que cette soudaine obsession pour les cours d'histoire au cégep induit une stratégie implicite pour valoriser le projet de souveraineté? Il vient un temps où regarder dans le rétroviseur ne donne pas le bon signal sur ce qui se passe à l'avant ».
Il faut être vraiment inculte pour affirmer de telles sottises. Car l’Histoire ne peut pas être instrumentalisée à des fins de propagandes dans la société dans laquelle nous vivons. Les professeurs sont formés, cultivés, critiques et indépendants: je le sais, j’ai eu la chance d’enseigner au collégial cette fabuleuse discipline.
En outre, l’historiographie québécoise distille plusieurs courants de pensée forts différents et très
instructifs. Par exemple sur la Conquête de 1763, certains affirment que cela a décapité les élites canadiennes tandis que d’autres estiment que l’avènement du parlementarisme britannique qui en a résulté a été bénéfique pour notre nation. Quel beau débat!
Si on l’enseignait avec force détails l’histoire des Patriotes dont on honorait la mémoire lundi dernier,
on apprendrait qu’il y en avait au Haut-Canada et que ceux-ci comptent plus de pendus que les Patriotes du Bas-Canada. On saurait que la démarche de Louis-Joseph Papineau et de ses alliés s’inscrivait dans un grand mouvement de revendications des peuples soumis à des couronnes dans les années 1820-1830.
Est-ce de la propagande? Non.
En outre, l’Histoire ne se borne pas au Québec. Les relations internationales, les civilisations occidentales et non-occidentales méritent qu’on les connaisse davantage.
L’Histoire a le mérite de nous permettre d’approfondir nos connaissances utiles tout en nous permettant d’exercer notre esprit critique. De manière générale, on a besoin de ça dans la
vie. La preuve? L’Histoire du Québec pour les nuls d’Éric Bédard est un best-seller avec plus de 20 000 exemplaires vendus.
Ne nous privons pas collectivement d’être plus cultivés, n'en déplaise aux esprits chagrins qui
n'aiment pas la culture.

